Économie, culture et emploi

Les statistiques provenant de différentes organisations économiques – en Europe comme en Amérique – nous montrent clairement que la culture, prise au sens large, progresse depuis les années 60 et occupe maintenant une place importante dans les économies nationale, régionale et locale. D'abord, la culture contribue au tourisme en conditionnant d’une bonne part les raisons d’un voyage d’agrément. Elle représenterait entre 10 et 14 % des dépenses de voyage, après le transport, l’hébergement et la restauration. Ces dépenses, ou exportations, procurent un apport financier supplémentaire aux activités culturelles et contribuent ainsi à la pérennité des cultures locales.

Ces trente dernières années, on a vu plusieurs villes et communautés, entre autres européennes et américaines, baser leurs nouvelles stratégies de développement sur la capacité de la culture à revigorer des économies en chute libre suite à la disparation de certaines filières industrielles, et se redonner une nouvelle vitalité économique (Bourges, Avignon, Bilbao, Barcelone, Arles en Europe ; projet Main Street aux États-Unis, etc.). Les initiatives mises de l’avant prenaient souvent la forme de district, de quartier ou de hameau culturel où l’on visait la complémentarité par des produits ou services culturels renouvelés, ou de partenariat culture-tourisme autour d’une stratégie visant la valorisation de produits spécifiques locaux ou régionaux, en sus des services et produits culturels traditionnels (Théâtres de l’ouest Londonien, Documenta de Kassel, etc.).

On considère également que la culture contribue de 3 à 7 %  des emplois dans les économies nationale ou régionale, et voire plus :  Royaume-Uni, 4,5% de tous les emplois, États-Unis, 2,4 % et Union Européenne, 7%. Le Conference Board du Canada juge que l’empreinte économique du secteur culturel du Canada avait une valeur de 84,6 milliards de dollars en 2007, ce qui représente 7,4 % du produit intérieur brut réel du Canada. L’estimation tient compte des contributions directes, indirectes et secondaires importantes du secteur culturel qui, collectivement, se traduisent par plus de 1,1 million d’emplois dans l’économie canadienne. La culture est un marché tant mondial que local en croissance, accessible en région avec la plus-value du développement du numérique.

Au Québec, le PIB de la culture atteignait en 2009, 12,5 milliards sur un PIB global de 249,2 milliards, soit 5% du PIB québécois. La culture représentait, en 2012, 2% du PIB de la région, soit 211,6 millions $ comparativement à 136,4 millions $ pour l’agriculture, 120,2 millions $ pour la foresterie, 392 millions $ pour la fabrication du papier et 231 millions $ pour les mines. Il est important de noter que notre part du PIB est  plus faible par rapport à des régions comparables comme  l’Abitibi, la Mauricie, le Bas-St-Laurent, l’Outaouais et l’Estrie.

On dénombrait près de 118 700 emplois en culture au Québec en 2006 (3% de la population active). Selon les données de 2006 par Statistique Canada, le SLSJ comptait environ 1 785 emplois déclarés en culture (1,5%), 2 000 en Mauricie, 3 395 en Estrie, 1 555 dans le Bas-Saint-Laurent, 6 565 en Outaouais, 530 en Gaspésie-Les-Îles, 3 605 dans Lanaudière, 1 110 en Abitibi, 735 en Côte-Nord, 5 770 dans les Laurentides et 17 690 en Montérégie. À notre avis, considérant que le milieu culturel regorge de travailleurs autonomes qui passent souvent sous le radar des sondages statistiques, le nombre d’emplois en culture serait certes plus important.

L’approche économique du modèle intersectoriel du Québec, qui évalue l’impact d’un secteur économique, montre des données (non régionalisées) sous un angle différent concernant la création d’emplois. Ainsi, le secteur de la culture génère, pour un même investissement, plus d’emplois (salarié et autonome) que la foresterie, l’agriculture, les mines et la fabrication du papier.

Cependant, les salaires en culture sont loin d’être comparables avec ces autres secteurs, sauf dans le sous-secteur des communications. Les conditions de travail sont peu avantageuses à bien des points de vue, que l’on soit salarié ou travailleur autonome (assurance collective, rentes, emploi occasionnel, contrats périodiques, etc.). Ces caractéristiques de l’emploi culturel entraînent une mobilité de la main-d’œuvre (attrait des grands centres, changement de carrière, emploi plus rémunérateur) et la perte d’expertise pour les organisations culturelles qui doivent recomposer leurs équipes périodiquement et également assumer une difficile relève des postes stratégiques de l’entreprise. Pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’enjeu de la main-d’œuvre culturelle est crucial puisqu'elle représente la pierre angulaire de toute l’économie culturelle et créative locale.

 

Culture, impact, tourisme

La culture joue un rôle essentiel auprès d’autres économies. Les impacts de la culture sur le tourisme sont bien documentés et démontrent l’intérêt de développer cette filière importante parce qu’elle bénéficie mutuellement aux deux secteurs.  La culture constitue donc un atout important du développement touristique et est souvent l'un de ses principaux bénéficiaires. La culture est l'un des principaux facteurs  d'attractivité de la plupart des destinations, non seulement du point de vue touristique, mais aussi du fait qu'elle attire également des résidents et des d'investissements extérieurs.

Durant la majeure partie du 20e siècle, tourisme et culture étaient considérés comme des composantes des destinations largement distinctes l'une de l'autre. On estimait que les ressources culturelles faisaient partie du patrimoine culturel des destinations, dépendant largement de l'éducation de la population locale et constituant le socle de l'identité culturelle locale et nationale.

On considérait en revanche le tourisme comme une activité de loisir indépendante de la vie de tous les jours et de la culture de la population locale. Cette vision des choses a progressivement évolué vers la fin du siècle, à mesure qu'il est devenu de plus en plus évident que les atouts culturels exerçaient une influence, attirant les touristes et permettant aux destinations de se distinguer les unes des autres. À partir des années 80 notamment, le « tourisme culturel » a  été  considéré  comme  une  source importante de développement économique pour de nombreuses destinations locale ou régionale.

Le duo du tourisme et de la culture est donc devenu un moteur économique extrêmement puissant. Selon Europa Nostra (2005), « plus de 50%  de l'activité touristique en Europe est générée par le patrimoine culturel et le tourisme culturel devrait être la composante du secteur du tourisme à connaître la plus forte croissance ». On peut trouver ailleurs dans le monde d'autres appréciations tout aussi positives. Elles s'appuient généralement sur les estimations de l'Organisation mondiale du tourisme de l'ONU (OMT)  selon  lesquelles  le  tourisme  culturel  représente 40 % du tourisme international.

Aux États-Unis, les enquêtes consacrées aux voyageurs amateurs d'histoire et de culture montrent que 30 % des touristes américains sont  influencés lorsqu'ils choisissent une destination par une manifestation ou une activité  artistique, culturelle ou patrimoniale précise. Le volume de voyages à caractère historique/culturel s'est accru de 13 % de 1996 à 2002, passant de 192.4 millions à 216.8 millions de personnes/voyages, soit un rythme de croissance légèrement plus rapide que celui de l'ensemble des voyages intérieurs.

Le rôle important de l'art et du patrimoine culturel est également confirmé par une étude au Canada, selon laquelle près de 100 millions de voyages effectués par des résidents américains en 2003 étaient liés à la culture, ce qui représente 50 % du total. Plus de 50 % des visiteurs américains amateurs d'art ont également visité des musées et 50 % des  festivals. Cette corrélation est également forte entre les touristes appréciant les arts plastiques et ceux qui sont amateurs de vin et de gastronomie. Les passionnés d'arts plastiques ont également une propension à s'intéresser aux arts vivants. Du fait des retombées culturelles, économiques et sociales générales, les politiques publiques visant à promouvoir les liens entre culture et tourisme ou le développement plus ciblé du « tourisme culturel » se sont imposées en Europe comme une évidence à l'échelon continental, national ou régional.

La sauvegarde et l’utilisation judicieuse du patrimoine matériel et immatériel ont donc contribué largement aux économies culturelles et touristiques ces 20 dernières années grâce, entre autres, à des politiques et des actions structurantes pilotées par des communautés soucieuses de leur développement durable. Notamment, l’Australie et le Canada ont relié la culture et le tourisme au développement d'opportunités  économiques  pour  les peuples autochtones. En Afrique, en Amérique latine et en Asie, le tourisme culturel est souvent considéré comme un moyen de  mettre en valeur la conservation du patrimoine aussi bien que d'augmenter les revenus des populations locales.

Dans de nombreuses régions urbaines, les institutions culturelles ont servi de fer de lance à la réhabilitation de zones laissées pour compte, revitalisant les économies locales et revalorisant les biens immobiliers. Dans les zones rurales, le tourisme est utilisé pour soutenir les modes de vie et l'artisanat traditionnel et maintenir les populations locales menacées par l'exode rural. Ainsi, les visiteurs des festivals d'été des Highlands en Écosse où l'on parle encore le gaélique ne procurent pas seulement des rentrées d'argent bien nécessaires à des régions isolées, mais contribuent également à la préservation de la langue et des traditions locales. Le tourisme culturel peut être particulièrement important pour les zones rurales qui ne disposent généralement guère d'autres sources de revenus.