« Nous devons parfois descendre en enfer par l’imagination pour éviter d’y aller dans la réalité »
- Sarah Kane, dramaturge britannique

Depuis très longtemps, le théâtre est symbolisé par deux masques qui s'enchevêtrent; l'un qui rit, l'autre qui pleure. Le théâtre permet de se divertir, bien sûr, mais également d'aborder les facettes les plus sombres de la vie, deux pôles entre lesquels les comédiens doivent composer leurs personnages.

La comédie, c'est souvent une affaire de rythme. « À quelle heure le punch? » dirait Denise Filliatrault, qui a fait ses marques dans l'univers du théâtre burlesque.

Avec le rire, le public manifeste spontanément et bruyamment l'efficacité du travail de ceux qui sont sur la scène. C'est grisant de faire éclater de rire tout un théâtre, mais cette adrénaline peut devenir un piège si le comédien anticipe trop. Il lui faut jauger entre la spontanéité et la confiance en ce qui a été maintes fois répété.

La tragédie, quant à elle, demande davantage d'introspection aux comédiens. Il y a un parcours à suivre où il faut savoir doser ses énergies, utiliser les moments de grande intensité avec parcimonie. Personne n'a envie d'écouter un personnage qui s'arrache les cheveux sans discontinuer.

Avec la tragédie, il n'y a pas de réaction tangible de la part du public pendant la pièce. À moins que les sanglots venus du parterre n'enterrent les répliques. Mais ça, c'est rare.

Christian Ouellet est l'un des comédiens les plus expérimentés de la scène théâtrale d'ici. Au cours des vingt dernières années, il a joué dans des dizaines de productions de plusieurs compagnies de la région. Il doit cette ubiquité à sa grande polyvalence qui lui permet d'exceller à la fois dans la comédie et dans la tragédie.

Qu'il soit tragédien chez les Têtes Heureuses ou comédien avec le Théâtre du Faux-Coffre, Christian Ouellet s'appuie sur une solide technique de jeu qui lui est utile dans l'un ou l'autre de ces registres. Pour lui, la tragédie et la comédie sont comparables, même si elles lui demandent des investissements différents.

« Dans du Racine, par exemple, ce sont des êtres vivants qui se parlent pour vrai, qui ont une très grande humanité. Mais en même temps, ça ne peut pas être ordinaire ou réaliste. La vérité, il faut la trouver quand même. »

Si le plaisir de la comédie est plus immédiat, jaillissant des rires des spectateurs, il est quand même bien présent dans le tragique, sous une autre forme. « Là, le plaisir est dans le fait de réussir à plonger dans l'histoire, dans les situations, dans le personnage qu'on a construit. Le plaisir est là : dans le fait de réussir à retrouver, à refaire ce personnage plus grand que soi. »

La même équation se transpose aux spectateurs. Il est généralement plus facile de se laisser aller à la comédie; elle allège l'esprit et exploite tous les bienfaits du rire. Mais pour Christian Ouellet, comme pour la dramaturge britannique Sarah Kane, le drame n'est pas moins libérateur.

« Ça fait du bien des fois une tragédie. Le spectateur fait un voyage dans des zones plus étranges et inquiétantes, mais quand c'est fini, c'est fini. C'est pas épeurant, le drame! »