Se lancer dans une carrière au théâtre, ça part généralement d'un rêve, d'une passion. En tout cas, ce n'est sûrement pas pour des raisons salariales ou pour atteindre une stabilité. Les chiffres démontrent que bien peu d'artisans du théâtre réussissent à en vivre.

Ceux qui gagnent modestement leur vie avec le jeu seulement sont encore plus rares. Vivre du théâtre, particulièrement en région, c'est une affaire de polyvalence.

C'est vrai même au Saguenay—Lac-Saint-Jean, une région particulièrement active avec ses huit compagnies professionnelles. Dans les meilleures années, chacune de ces compagnies réalise une production. Certaines partiront en tournée. Mais avec ces maigres occasions de jouer et des cachets modestes pendant, au mieux, quelques semaines, il est illusoire de croire qu'on puisse vivre exclusivement du jeu ou de la mise en scène. Il faut avoir plus d'une corde à son arc pour vivre de cet art, ici comme dans les grands centres.

Les semaines se suivent, mais ne se ressemblent pas. En plus de cumuler les contrats qui garnissent leur agenda chargé, les comédiens sont toujours prêts à revenir au jeu, à trouver du temps pour l'expérience exigeante d'une création théâtrale. Mais il faut parfois choisir entre l'accomplissement dans le jeu ou un engagement moins valorisant qui paiera néanmoins le loyer.

Née d'un père éclairagiste, la comédienne Valérie Essiambre baigne dans le monde de la scène depuis son enfance. Elle a compris très tôt qu'elle y était à sa place, ce qui l'a emmenée, à 19 ans, à venir étudier le théâtre à l'Université du Québec à Chicoutimi.

Quelques années après avoir terminé sa formation, elle parvient à se consacrer entièrement au monde du théâtre, mais elle continue à apprendre constamment, en diversifiant ses compétences. Elle le fait, entre autres, grâce aux formations offertes par Culture Saguenay—Lac-Saint-Jean. Avec les années, elle découvre que l'univers théâtral comprend de nombreux métiers et avenues. Sa soif d'apprendre l'a ainsi emmenée à développer des intérêts pour la technique, la régie de scène et même la pédagogie.

« J'ai toujours été « travaillante » et j'ai toujours voulu apprendre. C'est en faisant et en essayant différentes choses qu'on se rend compte qu'on peut mélanger tel ou tel aspect des métiers de la scène et être confortable. »

Depuis deux ans, elle travaille dans l'ombre avec le Théâtre de la Tortue Noire, un poste qui demande beaucoup de polyvalence. Elle travaille également auprès de l'organisme Clowns thérapeutiques Saguenay une à trois fois par semaine. Elle y pratique le jeu au sein d'institutions de santé et de soins de longue durée pour apporter un peu de bonheur à des personnes qui en ont bien besoin. Valérie Essiambre retrouve ce précieux volet humain dans une autre activité qui l'occupe : celle d'offrir des ateliers pour le Théâtre 100 masques.

« J'aime le contact humain, l'intervention auprès des humains. Le travail social m'interpelle aussi et j'aime pouvoir mélanger ça avec le théâtre. »

Cette souplesse et cette polyvalence, on la retrouve aussi chez Éric Chalifour. Pilier du milieu théâtral Saguenéen, le comédien a joué tous les genres avec toutes les compagnies! Peu de comédiens québécois peuvent se vanter d'avoir connu la tournée pancanadienne grâce au succès du Théâtre La Rubrique, Une maison face au nord.

Il a été animateur auprès de l'École de langue française de l'UQAC. On le voit fréquemment à la télévision, entre autres dans la campagne de sensibilisation réussie sur le recyclage. Avec le temps, il a pu développer une spécialité dans la mise en scène d'événements de grande envergure comme les cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux du Québec en 2013 ou encore les grandes productions du Festival des arts de la marionnette. Ses collaborations avec l'Orchestre symphonique du Saguenay—Lac-Saint-Jean et son travail dans l'univers lyrique ont marqué bien des esprits.

Les parcours de Valérie Essiambre et d'Éric Chalifour se rejoignent au moins en un point : ces deux professionnels du théâtre parviennent à vivre de leur passion. La curiosité, la ténacité, le dévouement et la polyvalence permettent à l'une de faire sa place dans la vie culturelle de sa communauté et à l'autre de faire carrière, de manière continue, depuis de nombreuses années.

Pensez-y la prochaine fois que vous irez les voir sur les planches!