Tels de grands athlètes et leur routine sportive, tels de grands chirurgiens et leurs mouvements minutieux,

les comédiens et artistes de théâtre doivent apprendre chaque mot des textes qui leurs sont confiés et qu’ils doivent livrer au public.

À l’endroit, à l’envers… ces textes de théâtre doivent être appris avec grand soin pour qu’ils puissent nous être récités et joués avec fluidité et ferveur. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ils sont nombreux, ces artistes de théâtre, à travailler d’arrache-pied, toute l’année, dans le but d’apprendre judicieusement leurs textes, afin de nous offrir des pièces et spectacles qui sauront nous divertir et nous fasciner. Pour connaître leurs trucs, leurs astuces et leurs secrets de pros et afin d’en apprendre davantage sur eux, voici :

10 trucs d’artistes et comédiens de théâtre du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour apprendre un texte
 

#1 Apprendre son texte dans son bain – Patrick Simard

Je l’ai fait longtemps et je le fais encore parfois… Mon premier truc, qui en est également un qui m’amène à décrocher, est d’apprendre mon texte dans le bain. Souvent le matin aussi. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle mes textes deviennent rapidement tachés de café et ondulés, ils portent des traces de bain et ont une vie bien à eux.

Un jour, celui où le bain n’a plus suffi, j’ai commencé à réciter mes textes, sur la rue, lorsque je marche, partout. J’ai souvent eu l’air de celui qui se parle seul, mais tout ce temps j’apprenais. Le simple fait de tenir mes textes dans mes mains, où que j’aille, me rassure en quelque sorte.

Il me faut généralement un certain temps pour apprendre mes textes pour le théâtre, peut-être davantage que d’autres comédiens, sauf qu’une fois ancrés dans ma tête, ils y restent pour toujours. Je me souviens d’ailleurs encore très bien d’un texte que j’ai récité lorsque j’avais 10 ans!

#2 Jouer aux devinettes – Sara Létourneau

Mon truc est de lire, lire, lire et relire ; de réciter énormément mes textes. Je les dis puis je recommence, je les mâche littéralement. J’apprends une phrase, je la reprends au milieu… Je peux également relire la même page plusieurs fois. Puis je lève les yeux et je ne regarde plus. Je prends alors une page, pliée en deux, qui me permet de cacher les phrases pour ne voir que certains mots. L’objectif est donc de compléter, selon ce que j’ai appris, ces bouts découverts. L’ordre chronologique n’a pas d’importance lorsque j’apprends pour le théâtre ; je souhaite connaître la fin tout autant que le début de mes textes.

#3 Utiliser plusieurs voix différentes - Caroline Tremblay

Souvent, lorsque je dispose de peu de temps pour apprendre un texte, je retranscris ce dernier une première fois, puis une autre où je tente le plus possible de me souvenir de tout, puis encore une autre où je l’écris seulement de mémoire.

Lorsque je peux prendre davantage mon temps, lorsqu’il s’agit d’un texte que je dois réellement posséder, je le récite dans ma tête et avec des voix différentes. Je cache certains paragraphes et j’essaie de l’apprendre presque comme une chanson. Je vois alors mes textes comme une musique rythmée.

Les textes théâtraux, je me les fais demander par une autre personne, afin de bien distinguer les personnages et d’apprendre de manière concrète.

#4 M’enregistrer en récitant mes textes - Gervais Arcand

Mon truc est sans conteste de lire et de relire mes textes et mes répliques pour le théâtre.

J’écris également la totalité de mon texte à l’ordinateur. J’inscris la fin de la réplique des autres comédiens, afin de bien connaître qui parle avant moi, puis la mienne en caractère gras ou en couleur. Avec de tels repères, il devient alors beaucoup plus aisé de me retrouver à travers ce nombre incalculable de mots enchainés.

Il fut également un temps, celui des cassettes, pendant lequel je m’enregistrais, récitant mon texte, puis je l’écoutais dans ma voiture ou ailleurs. C’était ma musique et ma façon d’imprégner les répliques qui étaient miennes bien au creux de mon esprit!

#5 Le théâtre et ses textes tels des mouvements de sport répétés - Patrice Leblanc

Je suis un amateur de sport et comme on le dit souvent au sujet d’un mouvement ou d’un exercice particulier : si l’on veut le maîtriser, on doit le répéter au moins 50 fois.

C’est ce que je fais avec mes textes, je les répète sans cesse, par bouts, parfois seulement les quelques mots qui constituent la fin d’une phrase et le début de l’autre. Je le répète pour que les mots prennent place dans ma bouche, qu’une forme de gymnastique systématique s’installe, qu’une aisance, une appropriation totale du texte soit possible.

#6 Écrire mon texte 10 fois de suite - Réjean Gauthier 

Il m’a fallu 185 heures, de septembre à décembre dernier, afin d’apprendre les 250 répliques de la pièce dans laquelle je joue actuellement. Il me fallait donc trouver le meilleur moyen d’apprendre mes textes, afin de pouvoir les livrer avec assurance lorsque j’allais commencer à répéter et à jouer. J’apprenais donc chaque jour un certain nombre de répliques puis, je lendemain, je réécrivais 10 fois de suite ce que j’avais appris la veille. Au début, cet exercice me semblait extrêmement laborieux, mais avec le temps je me suis mis à apprécier ce moment d’écriture le matin.

Puis, pendant cette période, chaque semaine je lisais le texte en entier et tous les dimanches un ami me le faisait réciter. Très difficile pour l’orgueil les premières fois, cette routine m’a grandement aidé à perfectionner mon apprentissage.

À ce jour, même depuis que l’on joue la pièce au théâtre, je poursuis ma lecture quotidienne de mon texte. La mémoire nous joue parfois des tours ; sur scène, parfois, on modifie l’ordre des mots ou encore on a tendance à utiliser des synonymes. Je tiens à demeurer fidèle au texte et à éliminer ces légers « faux plis » qui viennent avec l’habitude et le temps. Cet apprentissage effectué de manière continue m’est d’une grande aide!

#7 Apprendre en faisant la vaisselle - Christian Ouellet

Dernièrement, j’apprenais mes textes petit à petit, morceau par morceau et page par page. Mon truc ultime? J’accroche mes textes au-dessus du comptoir de la cuisine, sur les armoires, afin de les avoir devant moi pendant que je lave la vaisselle! Je n’ai nul autre choix, à ce moment-là, que de les regarder.

J’ai davantage de difficulté à passer des heures et des heures sagement assis à apprendre mes textes pour le théâtre ; ça requiert un très haut niveau d’attention, alors je préfère de loin conjuguer cet apprentissage à une tâche, tout me semble plus facile!

#8 En faire un monologue - Mélanie Potvin

Je ne fais rien de très farfelu, mais puisque je suis très visuelle, j’ai besoin que mon texte s’imprime dans ma tête. De ce fait, je l’écris plusieurs fois, par section, et ce, presque tous les jours. Je remplis des cahiers entiers de mes textes réécrits.

Je le fais à tant de reprises que j’en arrive à savoir exactement où se trouvent mes répliques dans les pages. Je souhaite être très « solide », ne pas avoir de blancs de mémoire. C’est pourquoi, après de longues journées d’apprentissage de mes textes, je suis capable de les réciter, tel un monologue.

Maîtriser le texte à ce point fait également en sorte que, sur scène, je ne suis pas déstabilisée si mon partenaire se trompe. Il y a certains aspects de mon métier qui sont plutôt stressants, alors le fait de posséder mon texte me permet de contrer ce sentiment.

#9 Dernière chose avant le coucher et première chose au lever - Éric Chalifour

J’apprends toujours mon texte en deux parties. J’essaie d’être le plus calme possible et le meilleur moment pour moi est le soir, tout juste avant d’aller dormir. « Je dors dessus », comme on dit, puis le lendemain, quasi par magie, tout est là, bien fixé à ma mémoire!

J’apprends toutes mes répliques une à la suite de l’autre, selon la chronologie du texte. Puis, j’utilise les répliques des autres comme repères et comme pistes.

#10 La photographie des mots – Guylaine Rivard

La première étape de l’apprentissage de mes textes, je l’appelle la partie « physique ». Je fais une lecture attentive et je photographie les mots, les phrases et les pages. Suite à cette étape, je sais exactement où se trouvent tous les passages du texte, comme de réelles photos dans l’album de ma mémoire.

Une fois l’étape physique complétée, je recommence le processus, mais cette fois en tâchant de m’approprier le sens de l’histoire, de m’imprégner des émotions et du senti des répliques. C’est mon truc!

Crédit photo: Théâtre Mic Mac