Le théâtre est non seulement basé sur un texte, il est un amalgame complexe de plusieurs éléments visuels, créatifs et ingénieux.

À travers le volume, les textures, les couleurs et la lumière, les scénographes parviennent à nous transmettre leur vision de l’atmosphère d’une pièce et d’une histoire, tout en laissant place à la subjectivité et à l’imaginaire du spectateur.

Des décors de scène minimalistes à ceux qui sont loufoques et denses, ce métier du théâtre qu’est la scénographie sert à créer des univers qui vont tantôt compléter ou étoffer le jeu des acteurs, tantôt simplement le servir. Trois scénographes de la scène théâtrale du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont bien voulu nous entretenir sur leur vision de la scénographie :

Mylène Lebœuf-Gagné, scénographe inspirée par la matière

 

Mylène travaille tant au théâtre qu’au cinéma et à la télévision. D’un média à l’autre, tout est d’ailleurs très différent selon elle. La scénographie à la télévision permet de cadrer et, par le fait même, de mettre l’emphase sur les éléments les plus pertinents ; l’image s’arrête où l’on souhaite qu’elle s’arrête. Le théâtre, quant à lui, n’a comme frontières visuelles que celles imposées par les yeux des spectateurs, on voit tout et en tout temps.

Pour Mylène, en scénographie, un seul dicton est à retenir : « Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions! » Et… des solutions, il en faut! Il faut être très débrouillard et inventif, chaque pièce est unique, tout comme les équipes d’artistes de théâtre qui les montent. La scénographe explique d’ailleurs qu’elle puise son inspiration dans les matières et qu’à leur toucher surviennent souvent les meilleures de ses idées.

Parmi les projets pour lesquels Mylène Lebœuf-Gagné a assuré la scénographie, notons La maison coupée en deux, projet théâtral majeur dans lequel une vraie maison a été coupée, de telle sorte qu’il n’y ait plus de façade et que les spectateurs puissent voir les comédiens évoluer dans les pièces. Selon l’artiste, c’était une aventure digne de ce nom, scénographe, metteur en scène, rigueurs et même ingénieurs ont dû mettre la main à la pâte afin d’assurer le succès de l’installation grandeur nature!

Enfin, Mylène explique que le but de la scénographie est très simple, il est que le public oublie la scène, oublie la salle… et se laisse porter par l’émotion.

Vicky Tremblay, scénographe multidisciplinaire

Vicky Tremblay, quoi qu’elle ne travaille pas exclusivement en scénographie, s’est approprié cette discipline avec un regard écologique et durable. Selon elle, le théâtre est plus souvent qu’autrement éphémère et les décors, la scénographie requièrent des investissements en temps et en argent qui demandent qu’on s’y attarde. C’est donc dans cette optique que Vicky entreprend ses projets et mandats de scénographie. Des matériaux rustiques aux matières brutes, c’est d’entrevoir la possibilité qu’un objet serve de plusieurs façons qui fascine le plus l’artiste native du Lac-Saint-Jean. De plus, selon elle, les contraintes de création, comme l’espace ou les mouvements des comédiens, sont d’autant plus positives puisqu’elles amènent la scénographie ailleurs, souvent loin de l’idée de départ!

Vicky Tremblay a beaucoup travaillé en théâtre d’été, au sein de groupes communautaires, scolaires et citoyens, ainsi que sur des projets en lien avec la réinsertion sociale. Notons entre autres un projet en lien avec le programme pédagogique, au cœur d’une école qui avait comme thématique, cette année-là, le respect et la politesse. Vicky a alors imaginé que le respect et la politesse pourraient être des personnes, de qui les élèves devraient prendre soin. La scénographe a donc créé une marionnette et un décor faits de matières recyclées, avec lesquels les jeunes devaient interagir.

Enfin, la scénographe affirme qu’il n’y a rien de plus gratifiant que les spectacles pour les enfants, dans lesquels elle utilise des objets que les jeunes peuvent reconnaître et qui font en sorte qu’elle leur montre qu’avec peu, on peut tout faire!

Serge Lapierre, scénographe et expert des mécanismes

Serge Lapierre est un scénographe natif du Saguenay–Lac-Saint-Jean qui œuvre en théâtre depuis plus de 25 ans. En tant qu’artiste, il explique d’ailleurs qu’il a diversifié ses compétences, au fil des ans, afin de pouvoir vivre de sa (grande) passion, ici, dans la région.

Selon Serge Lapierre, l’important en scénographie est la suggestion. C’est par l’élaboration de mécanismes, souvent basés sur de vieilles techniques scéniques, que le scénographe rend vivants les espaces théâtraux qu’il crée. Selon lui, il faut, pour pouvoir exprimer une émotion ou transmettre une ambiance, choisir des matériaux qui sont symboliques ou évocateurs. En ce sens, lorsqu’il s’est vu confier la scénographie de la pièce Les porteurs d’eau de Michel Marc Bouchard en 2000, son choix s’est posé sur le bois vieilli, pour bien représenter l’ambiance de la pièce, dont l’histoire se déroulait à l’époque de l’industrialisation du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Il a donc choisi d’installer une turbine, pour illustrer cette industrialisation, ainsi qu’un lac fait de papier d’aluminium, pour évoquer l’idée du barrage érigé et aussi utiliser une matière représentative, ici, dans la région. 

Pour Serge Lapierre, un bon scénographe doit avoir une excellente vision d’ensemble, de l’espace qui doit être occupé et être capable d’une intense imagination!

Le métier de scénographe vu par trois scénographes de la scène théâtrale du Saguenay–Lac-Saint-Jean vous a-t-il donné envie d’aller découvrir ou redécouvrir le théâtre d’ici?

Crédit photo : Francis Doucet 2014

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