Tantôt tabou, tantôt amplement exploité, l’aspect osé des scènes au théâtre émoustille et titille!

Il crée des malaises chez les spectateurs ou les envoûte complètement.

Qu’à cela ne tienne, les scènes osées au théâtre laissent rarement les spectateurs indifférents. Qu’en est-il cependant de ceux qui les jouent, de ceux qui utilisent leur corps et toute son expressivité, charnelle ou sensuelle, pour nous faire vivre ces moments intimes en public? C’est à trois artistes de talent de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean que nous avons posé la question. La réalité des scènes osées au théâtre : comment font les artistes?

Les scènes osées au théâtre : distance et proximité

Nous avons rencontré Sophie Larouche dans un café bondé du centre-ville, souriante à l’idée du thème abordé dans l’entrevue! Cette dernière, parfois comédienne, parfois metteure en scène a abordé l’aspect des théories du jeu.

« Il y a différents types d’acteurs. Il y a l’acteur chaud, qui s’implique de manière très entière et il y a l’acteur froid, qui mime et copie. Certains pourraient croire que je fais partie des acteurs chauds, mais en vérité je penche davantage du côté froid, je garde toujours une grande distance avec ce que j’exprime sur scène. Donc, lorsque j’interprète un texte, je fais semblant de pleurer, je ne pleure pas pour vrai. L’acteur plus froid maîtrise la technique, mais aussi la respiration et le rythme. Ce rythme, c’est ce qui donne l’émotion. C’est donc de cette façon qu’on peut vraiment livrer quelque chose de fort, dans une scène osée ou très émotive, c’est par le rythme, dans toutes ses nuances. Il faut l’apprivoiser de telle sorte que rien d’explicite et de très visuel ne soit requis, c’est par le jeu et l’intelligence du texte qu’on fera ressortir un malaise ou une émotion très grande. »

Pour Sophie Larouche, une scène osée ne s’aborde pas si différemment de toute autre scène dans laquelle les corps se touchent. Les contacts n’ont pas besoin d’être osés pour entrer dans l’intimité physique des comédiens.

Selon la comédienne, il est également possible, parfois, de contourner le caractère explicite d’une scène, tout en évitant par le fait-même la timidité ou la gêne qu’éprouvent certains à l’idée de jouer une scène osée. Elle mentionne d’ailleurs une scène de la pièce Les Frères Karamazov où elle devait embrasser et faire l’amour avec son partenaire de jeu. Son partenaire, moins confortable avec les baisers, l’avait embrassée avec légèreté sur le front et, elle, s’était assise sur lui de telle sorte que sa jupe, très volumineuse, cache entièrement le bas de son corps.

Les scènes osées : la marionnette et le personnage hybride

Pour Dany Lefrançois, dont la carrière est maintenant davantage orientée vers les arts de la marionnette, l’utilisation d’un corps extérieur à soi, par opposition au théâtre traditionnel, permet d’aborder certains termes plus facilement ou, du moins, différemment.

« Dans une pièce de la Tortue Noire nommée Kiwi, qui s’adresse aux adolescents, il y a un moment où on suggère une scène de prostitution infantile. On y voit un jeune garçon avec un client d’âge adulte. Eh bien, cette scène-là aurait été plus difficile à faire avec des acteurs. De par le thème, l’âge de l’auditoire et, éventuellement, l’âge des acteurs, on n’aurait pas pu créer le même effet sans la distance que permet la marionnette. La marionnette agit comme une forme de code : le public et les artistes s’accordent en silence pour dire ‘’oui, on y croit’’. »

L’artiste explique par ailleurs que mis à part la marionnette, on retrouve parfois des personnages hybrides, à mi-chemin entre l’humain et le mécanisme fabriqué par ce dernier, les deux s’amalgamant pour créer des personnages très poétiques.

« Dans une autre pièce où l’on avait mélangé le corps et l’objet pour créer une marionnette, on devait jouer une scène représentant une première relation sexuelle. C’était nos mains, seules, qui par leurs mouvements créaient l’acte. Cette scène, chaque fois qu’on l’a jouée, on a senti chez l’auditoire une forme de malaise, des rires gênés… C’est la preuve qu’avec une simple suggestion on puisse transmettre l’essentiel. »

L’approche de la sensualité et de l’érotisme au théâtre : nudité suggérée

Lors d’un entretien avec Guylaine Rivard, elle aussi alternant jeu et mise en scène, on apprend que l’artiste d’expérience est d’une très grande pudeur. Mais comment donc fait-elle pour aborder les scènes osées au théâtre?

La comédienne explique qu’elle tente par-dessus tout de toujours valider la pertinence de ce type de scènes. « J’essaie de créer l’intimité et d’aborder l’érotisme ou la sensualité de manière très technique. J’appelle ça de la quasi biomécanique. C’est par la manière dont on place les choses afin d’atteindre un haut degré d’efficacité et de crédibilité au niveau visuel qu’on arrive à créer une ambiance qui porte le texte. C’est un parfait amalgame entre le professionnalisme, la distance et l’interprétation qui mène au succès d’une scène, même des plus osées. »

Puis, elle explique qu’à travers le temps, l’approche de la nudité au théâtre a évolué. « Il y a trente-cinq ans les metteurs en scène tentaient d’être avant-gardistes, c’était la mode, le nu, alors c’était plus normal et facile de suivre cette vague. Maintenant, c’est assez rare qu’on assiste à des scènes osées ou de nudité injustifiées. C’est pourquoi le travail de metteur en scène est si important. La confiance entre l’acteur et le metteur en scène, l’explication de la pertinence d’une scène osée, la délicatesse de l’approche, tous ces éléments peuvent changer totalement la vision qu’a un acteur de ce qu’il aura à faire avec son outil de travail, soit son corps. »

À titre anecdotique, la comédienne raconte qu’elle a entendu plusieurs fois de drôles d’histoires à propos de phénomènes physiques impromptus et inattendus sur scène…

Pour votre part, les scènes osées au théâtre suscitent-elles de grands malaises, vous interpellent-elles?