À la base d'une production théâtrale, il y a un texte pensé pour des spectateurs en particulier.

L'auteur de théâtre s'adresse à quelqu'un, comme s'il rédigeait une lettre. Peut-on aborder, dans le théâtre pour jeune public, les mêmes thèmes que l'on proposerait aux adultes? Culture Saguenay-Lac-Saint-Jean a voulu savoir comment se choisit le sujet d'un spectacle destiné au jeune public.

Le Théâtre des Amis de Chiffon (TAC) est fort de 42 années d'expérience dans la création de spectacles de marionnettes pour un public de 3 à 8 ans. Leurs pièces ont émerveillé plusieurs générations d'enfants au Saguenay-Lac-Saint-Jean et ailleurs. La compagnie oriente ses créations autour de diverses thématiques. Marie-Pierre Fleury, directrice artistique du TAC, décrit les thèmes de prédilection de leurs pièces :

« La confiance en soi, le développement personnel de l’enfant, la découverte de soi et la découverte de l’autre… C’est l’enfant à travers l’univers, la thématique des Amis de Chiffon. Comment lui se perçoit dans le monde. C’est toujours en latence à la base de notre travail. »

Les auteurs qui collaborent avec la compagnie sont informés de cette thématique et sont invités à écrire en s'en inspirant. Mais ce sujet peut se décliner dans toutes sortes d'univers et de tons. Tout est dans l'approche, dans les choix effectués par l'équipe et dans la façon dont le spectacle est fait.

Une pièce comme Rosépine aborde les sujets difficiles que sont la mort et le deuil. Pourtant, la petite héroïne charme son public, tout comme les professeurs et les critiques. D'un tout autre ordre, Carton rouge sur carré vert parle de sport et d'égalité entre les genres dans une mise en scène participative et ludique.

Le théâtre est un fabuleux véhicule pour aborder avec les jeunes les sujets les plus difficiles comme les plus légers. Des sujets qu'il serait parfois ardu d'aborder dans la vie quotidienne ou en classe. Car le théâtre peut représenter un excellent outil pédagogique. Les compagnies spécialisées en théâtre pour jeune public ont ainsi développé de solides liens avec le monde scolaire. Des outils sont d'ailleurs systématiquement mis à la disposition des professeurs.

Une préparation des jeunes spectateurs facilite encore davantage le traitement de sujets délicats. On parle aujourd'hui de médiation culturelle pour désigner les interventions visant à maximiser l'efficacité des œuvres. Pour Benoît Lagrandeur, directeur artistique et programmateur au Théâtre La Rubrique, la médiation culturelle permet de mettre de côté les obstacles entre une pièce et son spectateur.

« Une bonne médiation, c'est de savoir identifier ce qui peut sembler étrange, ce qui pourrait déranger, tout ce qui pourrait fermer l'ouverture du spectateur. Lorsque tu lui donnes des clefs, il a une ouverture à ce qu'il reçoit. Il est prêt à aller plus loin dans la proposition. »

Parfois, la résistance à certains sujets provient des adultes. Le jeune public démontre pourtant sa grande curiosité et son intelligence. C'est un public que respecte Benoît Lagrandeur :

« Les plus jeunes n'ont pas nécessairement besoin de quelque chose de linéaire. Ils vont embarquer dans des spectacles plus impressionnistes, faire des liens que les adultes ne feraient pas. Ils ont moins d'a priori ».

Hélène Dallaire, qui œuvre au TAC depuis plus de trente ans, confirme :

« C’est un beau public, les petits de cet âge-là. Tout est nouveau. C’est d’être là au tout début, de voir quelque chose s’allumer dans leurs yeux et nous aurons été là. On a le plus beau public ! Quand ils n’aiment pas, ils n’aiment pas. C’est un public authentique. »