“Ce qui ennoblit un acteur sur les planches peut, sur l'écran, le rendre vulgaire.”
- Robert Bresson, Notes sur le cinématographe

Jouer la comédie, interpréter le drame, est-ce le même métier selon qu'on le pratique au théâtre ou devant la caméra ? Les comédiens Josée Gagnon et Patrice Leblanc ont tous deux pratiqué le métier au théâtre, au cinéma et à la télévision. Culture Saguenay-Lac-Saint-Jean a recueilli leurs observations sur ce qui différencie ces réalités.

Si l'objectif, sur scène comme à l'écran, consiste à offrir une performance juste qui touchera les spectateurs, une différence majeure existe : l'intensité et le niveau de jeu. Au théâtre, il faut jouer pour les rangées éloignées, projeter la voix, exagérer certaines expressions. Pour ce qui est du jeu devant la caméra, les deux comédiens confirment que tout vient de l'intérieur. Une simple pensée peut se manifester à travers le regard des acteurs ou au creux de quelques traits à peine visibles. Patrice Leblanc considère que la caméra perçoit des choses que le regard ne peut voir.

« Au cinéma, tout est intérieur. Ça se rapproche plus de la vraie vie. La caméra a un pouvoir d’introspection, elle prend des plans qu’on ne peut voir avec les yeux. Elle prend tout. Venant du théâtre, il faut réapprendre à jouer pour la caméra.  »

Josée Gagnon ajoute :

« L’un des meilleurs conseils que j’aie reçu, c’est que tout ce que tu veux mettre dans tes bras, tu le mets dans tes doigts et ce que tu veux mettre dans ton visage, tu le mets dans tes yeux. Arriver à faire ça, à être minimaliste, ce n’est pas si simple. À la caméra, juste lever son sourcil peut devenir énorme: « Mon dieu, il surjoue ! » Ça peut être insupportable pour celui qui regarde l’écran. » 

À la télévision comme au cinéma, l'aspect technique impose une façon de jouer très discontinue. Les scènes, qui ne durent souvent que quelques secondes, peuvent prendre des heures à tourner. Entre les brefs moments où le comédien doit jouer, il attend, mais il doit pourtant être au sommet de sa forme dès qu'on a besoin de lui.

Au théâtre, une fois la pièce lancée, le jeu est une longue suite d'émotions, de mots, de gestes et de consignes mémorisées pendant des semaines.

Josée Gagnon a expérimenté le contexte de production de la télévision en interprétant le rôle de Céline Lemay dans la quotidienne Virginie au milieu des années 1990. Elle souligne que la rapidité d'exécution sur ce genre de plateau et le temps de répétition restreint compliquent grandement le métier de comédienne. Il faut parfois se contenter de livrer le texte sans approfondir le jeu, pour ensuite l’assumer devant des milliers de spectateurs. Le cinéma laisse généralement un peu plus de marge de manœuvre.

« Au cinéma, on est beaucoup dans la minutie. La télé va beaucoup plus vite. Les budgets sont moindres, les équipes sont énormes. Je déteste me regarder à l’écran ! Je suis dans l’évaluation, dans la critique, mais je me fais un devoir de le faire pour apprendre de mes erreurs. »

Si Patrice Leblanc affirmait au début de cet entretien que jouer sur la scène ou devant la caméra était sensiblement le même métier, il n’en est maintenant plus si certain.

« C’est le même métier, mais l’approche et la mécanique sont très différentes. Quand t’as appris ton métier d’un côté, ce n’est pas évident d’aller de l’autre. Les comédiens qui peuvent passer de l’un à l’autre sont très rares. »