Diogène, le célèbre clown cynique du Théâtre du Faux-Coffre, est peut-être pauvre, mais ce n'est pas faute de travailler.

L'écriture et le théâtre sont de drôles de métiers. Il faut savoir faire bien des choses pour arriver à faire rire aux larmes le public saguenéen.

Peu de gens savent que Diogène (alias Martin Giguère, son alter ego) a pondu les textes de plus de 20 pièces depuis la fondation de sa compagnie il y a douze ans. C'est sans compter celles qu'il a écrites pour d'autres comédiens sous divers chapiteaux.

Dans un monde sombre et cynique, Diogène fait du bien avec son humour baveux. Son regard,  empreint de dérision, caricature les grandiloquents de ce monde, pour le plus grand bonheur des spectateurs.

Diogène s'est nourri durant toute sa jeunesse de bandes-dessinées et de grands romanciers. Il affirme avoir eu des centaines d'amoureuses, mais il ne dit pas toujours la vérité : elles n'étaient que personnages. Il est difficile pour lui de séparer la réalité de la fiction, tout comme il est difficile de séparer Diogène du corps qu'il occupe, celui de son auteur Martin Giguère. « C'est une version exagérée de moi, c'est moi sans filtre ! », s'empresse de dire ce dernier à propos de son flamboyant Diogène.

Diogène a fait d'excellents spectacles à partir de romans écrits dans son adolescence. À tel point que bien des spectateurs y retournent plus d'une fois. Mais ne lui demandez pas de vous faire une analyse de son premier roman s'il ne porte pas son costume ! Il faut au moins son nez noir à Diogène pour qu'il réussisse les envolées absurdes que lui permettent les mots dits.

Ennuyante, la langue ? Les Clowns noirs ne comptent plus les salles d'adolescents morts de rire. Alors imaginez les adultes. Quand un auteur de théâtre touche les cordes sensibles de son public, il peut se permettre la critique la plus trash, tout en étant des plus divertissants.

Diogène écrit surtout le matin. Il le fait rapidement. Ce qui prend du temps, c'est la structure, le canevas sur lequel viendra se poser l'histoire. Avec cette structure, l'histoire existe déjà, il faut dès lors la traduire en dialogues. Cette étape lui prend peu de temps. « Du théâtre, ce n'est pas beaucoup de mots » confie-t-il.

Diogène a la chance d'écrire pour des personnages qu'il connaît bien. Ce sont ses collègues Trac, Contrecoeur, Grossomodo et Piedestal.  Il les connaît comme le fond de sa poche trouée. Il ne pourrait pas leur faire dire ce qu'ils ne sont pas.

Mais écrire n'est pas tout. Il faut mettre en scène ces pièces, toutes pauvres qu'elles soient. Heureusement pour ça, il peut compter sur la collaboration de ses compères clowns noirs.

Il faut aussi inviter les gens à assister aux spectacles de la compagnie plusieurs fois par année. Pour ce faire, Diogène doit aller à la rencontre des journalistes. Il aime bien s'amuser aux dépends de ces derniers quand la langue leur fourche… cette langue qui est le terrain de jeu préféré de Diogène.

Le Théâtre du Faux-Coffre est une rare exception dans le monde de la diffusion théâtrale. La compagnie à laquelle appartient Diogène n'a jamais eu à déployer beaucoup d’énergie pour attirer l'attention des diffuseurs professionnels ou scolaires. Les Clowns noirs doivent cette chance à la grande proximité entre les comédiens et leurs personnages récurrents. Le public saguenéen a appris à connaître Diogène et ses comparses. L'animation est dans leur ADN.

Il a beau s'amuser, rire dans la barbe qu'il n'a pas, Diogène doit quand même convaincre les spectateurs que le théâtre qu'il fait vaut le déplacement. Il doit lui faire comprendre qu'il a mieux à offrir que les Netflix de ce monde. Une fois dans la salle, le théâtre et son écriture feront le reste.

Voilà une autre chose que Diogène doit savoir faire : communiquer son plaisir et sa passion. Tous deux sont contagieux, juré sur Sainte-Catherine-de-Riccie.